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Paroles de femmes : paroles d’or

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Paroles de femmes : paroles d’or

Depuis 2020, le festival stéphanois Paroles et Musiques renouvelle une action à destination des femmes, familières ou non de la pratique artistique. Paroles de femmes, ou comment intégrer la libération des paroles à un processus créatif. Par Cerise Rochet

25 mai 2023, à La Cale, à Saint-Étienne. Il est 18h et, comme pour chaque événement entre ses murs, les spectateurs affluent vers la salle. Certains prennent place sur des chaises qui font face à la scène. D’autres grillent une clope dehors ou récupèrent un verre au bar. L’ambiance pourtant, n’est pas tout à fait pas la même qu’habituellement… Comme si, curieusement, une partie des spectateurs, comprenant l’enjeu, étaient tout à coup saisis du même trac que celles qui s’apprêtent à monter sur scène.

D’ici une heure et demie, les larmes rouleront le long des joues, témoignant ainsi de la puissance du moment de conscientisation collective qui vient de s’achever. Des réalités, légitimement dites au micro, avec force, par une petite quinzaine de femmes… Et entendues et spontanément intégrées par l’assistance. Pas de censure. Pas d’interprétation. Pas de débat. Pas de « oui mais ». Des réalités-point-à-la-ligne.

Initiée en 2020 par les organisateurs du festival Paroles et Musiques, l’opération Paroles de Femmes avait dû attendre 2022 pour s’installer dans le paysage. En 2023, elle investissait La Cale, sous sa forme actuelle. Haut lieu du dynamisme associatif stéphanois, créateur de liens et de ponts entre les gens et les initiatives, l’endroit a en effet accueilli et soutenu le projet comme étant porteur de sens et vecteur d’une réflexion partagée.

Depuis lors, Paroles de Femmes consiste en une série d’ateliers d’écriture créative à destination de femmes de tous horizons. L’opération vise à la fois une libération des paroles par écrit ou à l’oral, et à la fois la légitimation de la pratique artistique chez elles qui sont amateures.  À la barre du navire, trois Stéphanoises bien connues du milieu culturel et associatif du territoire, apportent chacune leur pierre à l’édifice. Objectif : donner au processus de création toute son utilité, et faire de la restitution un moment chargé d’intensité.

« Chacune arrive avec ses bagages »

Qu’écrire ? Comment l’écrire ? Comment le dire ? À chaque pas, la rappeuse Radikal Junkypop, Val Gérenton, dj et fondatrice de l’association Giddy up*, et Léa Del Rosso, compositrice, accompagnent les participantes sur un chemin jalonné de mots qu’elles auront à placer librement sur du vécu, des émotions, des idées, des idéaux.

« Ici, chacune arrive avec ses bagages. La plupart des participantes ne sont jamais montées sur une scène de leur vie. Toutes n’ont pas forcément l’habitude d’écrire. Notre rôle est de permettre à chacune de pouvoir parler sans tabou car sans jugement. Grâce à des consignes d’écriture, à des exercices de relaxation, et à une charte de bienveillance qui permet de créer un espace protégé, la libération des paroles se fait naturellement », détaille Radikal.

“La libération de la parole se fait naturellement”

Portées par le cadre sécurisé et bienveillant, par l’objectif scénique final et par les leviers activés par Val, Léa et Carole, les individualités singulières s’agglomèrent ainsi au fil des ateliers. Le collectif se forme ainsi, empreint d’une sororité capable de renforcer la possibilité pour chacune de verbaliser ce qui tourne dans sa tête, son cœur, sa chair.

« Le rendu scénique est l’objectif sur la forme. Le processus est l’objectif sur le fond, souligne Val. C’est une histoire que l’on vit et que l’on écrit ensemble. Au fur et à mesure, les participantes investissent ces moments qui leur appartiennent. Guidées par les échanges au sein du groupe, certaines déconstruisent aussi peu à peu les rôles qui leur sont assignés en tant que femmes. Le groupe n’est pas présenté comme féministe, et aucune prise de position n’est imposée. Mais la question féministe s’invite naturellement dans les échanges au fil des récits ». 

Paroles de femmes : un moment véritablement artistique

Découvrant ainsi des choses en elles, les participantes peuvent alors prendre de l’assurance, et la conscientiser. Dans cette démarche, elles sont bien aidées par Léa, qui les guide dans leur appropriation de l’espace scénique, et créé les productions musicales sur lesquelles chacun des textes sera lu, déclamé, rappé ou chanté sur scène : « Mon rôle ne concourt pas à la libération de la parole en tant que telle. J’interviens plutôt pour aider cette parole libérée à exister artistiquement, jusqu’à un public. À être entendue, en fait. La musique est créée comme un habillage, et elle permet aux femmes qui vont dire leurs textes de le faire avec davantage de confiance en elles ».

Ainsi l’aboutissement du projet prend-il la forme d’un rare et inédit moment d’émotions, intenses et partagées par les participantes, comme par le public. Parce que moment véritablement artistique. Parce que moment de solidarité collective. Parce que moment d’écoute de paroles légitimes derrière lesquelles, pour une fois, ceux et celles qui ne les portent pas s’effacent pour qu’elles puissent enfin exister pleinement.

Paroles de Femmes, le 30 mai à La Cale à Saint-Etienne, dans le cadre de Paroles de Zinc

 

*Giddy’up est une association qui lutte en faveur de la visibilisation des femmes et personnes minorisées de genre dans la musique et de leur sécurité en milieu festif et culturel

 

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