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Cannes : facilitateur économique et sentinelle du 7e Art

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Cannes : facilitateur économique et sentinelle du 7e Art

De sa première édition en 1946 à sa 77e, qui aura lieu du 14 au 25 mai prochain, le festival de Cannes a toujours eu pour double objectif de contribuer à la pérennité économique de l’industrie cinématographique, et de révéler des œuvres promptes à nourrir la diversité de l’art et des représentations du monde.Par Cerise Rochet
©Festival de Cannes

Un petit point sur une carte, sur lequel des millions de paires d’yeux lorgnent, chaque année durant 12 jours. Tapis rouge, palais, marches d’escaliers. Limousines, flashs, badauds, autographes. Nœuds pap’, smoking, haute-couture, paillettes, coiffures Elnett. Parterre de stars. Et derrière un certain imaginaire ô combien pétri de fanfreluches, un festival de catégorie A ; un événement de classe mondiale ; et même carrément, l’épicentre du monde du Cinéma. Cannes et sa sélection officielle. Cannes et ses films en compétition. Cannes et sa Palme. Cannes, ou comment deux semaines de projections orchestrent à elles seules l’univers du 7e Art.

Aussi incroyable que cela puisse paraitre en effet, sans Cannes, le monde du cinéma ne serait pas du tout le même, à différents égards… À commencer par son versant économique. Car durant ces 12 jours, des milliers de professionnels de l’industrie cinématographique se croisent, se recroisent, échangent, tuyautent, réseautent, pour, demain peut-être, devenir collaborateurs ou partenaires – notamment financiers – sur différents projets. Le Marché du film du festival de Cannes, officialisé en 1959, accueille en outre chaque année plus de 12 000 distributeurs, producteurs, vendeurs, représentants institutionnels ou de festivals, exploitants, investisseurs ou acheteurs du secteur… preuve supplémentaire, s’il en faut une, que la possibilité de business est véritablement ancrée dans l’ADN de l’événement.

Au festival de Cannes : remplir sa besace

« Dans le monde, on compte 4 festivals de films de catégorie A, détaille Sylvain Pichon, codirecteur du Méliès à Saint-Étienne. Parce qu’il a lieu en France, Cannes est forcément plus adapté au marché français, et c’est ce qui est intéressant pour nous. En l’occurrence, cela nous permet de rencontrer des professionnels français, qui sont potentiellement nos partenaires au quotidien. »  Et, pour maximiser ces possibilités de rencontres, de nombreux exploitants de salles ont par ailleurs pour habitude de fréquenter également les Rencontres Nationales Art et Essai, – dites rencontres AFCAE – qui se déroulent à Cannes en amont du festival.

 « Pour nous qui diffusons un certain nombre de films Art et Essai, sans que cela ne représente l’essentiel de notre programmation, ces rencontres sont très adaptées, explique Julie Coquard, directrice du Family à Saint-Just-Saint-Rambert. Elles durent trois jours, et proposent un bon condensé des longs métrages qui peuvent être intéressants pour nous, par rapport à la sélection officielle, qui est parfois très pointue, et donc, moins structurante pour nos salles ».  Sur le territoire de Saint-Étienne Métropole, Alizée Albert, directrice du Véo Saint-Chamond, fait également le déplacement sur ces rencontres AFCAE, alors que la structure dont elle a la responsabilité mise principalement sur une programmation grand public… Et que l’immense raout de Cannes est donc moins incontournable pour la bonne gestion de ses salles. 

Ainsi la transhumance annuelle des exploitants de l’Hexagone vers La Croisette peut-elle s’expliquer par un enjeu économique certain. Guidés par la possibilité de « remplir leur besace » au cours de cette quinzaine, ces derniers ont donc bon espoir de voir leurs choix booster la fréquentation de leurs salles tout au long de l’année. L’événement, qui accueille en outre des milliers de journalistes spécialisés, offre en effet une incroyable exposition à des productions dont le public n’aurait peut-être jamais entendu parler sans son existence… Exposition démultipliée par le palmarès et certains prix, Palme d’Or en tête. « Ce serait une faute de programmation, de ne pas projeter une Palme d’Or, souffle ainsi Lorêva Alavin, directrice du cinéma mono-écran de Pélussin. On sait qu’il y a une attente forte du public là-dessus. »  

Palme d’Or et joli destin

Si constat est fait qu’elle ne suscite plus autant d’engouement qu’il y a 30 ans, la Palme reste en effet plutôt structurante pour les cinémas dédiés ou en grande partie dédiés à l’Art et Essai… D’autant que l’on n’est jamais à l’abri de voir un film primé à Cannes accomplir son fabuleux destin, et pourquoi pas, rafler des Golden Globes, des nominations aux César et même, aux Oscars. Avec ses 1,5 million d’entrées alors qu’il est toujours en cours d’exploitation, Anatomie d’une Chute de Justine Triet a ainsi profité à bon nombres de salles, et pas seulement des salles Art et Essai. À titre d’exemple, dans la Loire, lors de sa première sortie, le long métrage a généré 18% des entrées des Méliès Jean-Jaurès et Saint-François sur ses 8 semaines d’exploitation, 12.5% des entrées du Family, (sur 6 semaines d’exploitation), mais aussi 4.5% des entrées du Véo, et 4% des entrées des Mégarama Chavanelle et Jean-Jaurès. En d’autres termes, en 2023, Anatomie d’une chute a eu une importance capitale pour les cinémas estampillés Art et Essai, et une importance non négligeable pour les cinémas grand public.  « Si un film a été récompensé d’un prix aussi prestigieux par un collège de professionnels, on doit pouvoir avoir confiance… » assure ainsi Alizée Albert. 

Et, même si la Palme est en effet le seul prix du palmarès à susciter cet engouement de la part du public, les exploitants n’en restent pas moins très attentifs à ce qu’ils voient durant le festival, n’hésitant pas à faire ensuite quelques paris audacieux : « On essaie même de relever des challenges, en poussant de petits films de la sélection, pour leur permettre d’atteindre un joli nombre d’entrées », précise le second codirecteur du Méliès, Paul-Marie Claret.

Festival de Cannes : défrichage et diversité artistique

Car, et c’est bien là toute la beauté de cet événement, le prestige du festival cannois ne saurait être apprécié qu’en vertu de son seul enjeu économique, si conséquent soit-il.  La quinzaine, longuement préparée par des professionnels de l’industrie cinématographique chevronnés, qui une année durant fouillent, cherchent et trouvent les pépites qui seront révélées lors des projections, a pour mission de représenter toute la richesse et la diversité des productions actuelles. Le cinéma : une industrie, certes. Mais avant tout un Art, qui pour être préservé en tant que tel, mérite un engagement total à chaque étape de la chaine de production. 

Des cinéastes qui continuellement racontent de belles histoires, créent des œuvres, réinventent l’image et chamboulent le monde ; des producteurs et productrices qui, avec audace, financent des projets parfois périlleux ; des entreprises de distribution qui envoient leurs émissaires vendre ces mêmes projets périlleux ; et fine des exploitants qui, séduits par tel ou tel projet, prennent sur eux le risque de le diffuser dans leurs salles. « Et là, intervient ce que l’on appelle l’éditorialisation de la salle, poursuivent de concert Sylvain Pichon et Paul-Marie Claret. Cannes, c’est aussi le moment où l’on démarre une réflexion, quant à la manière dont on va pousser tel ou tel film, parce qu’il le mérite. Plus précisément, parce que la vision du monde qu’il présente mérite d’être vue par le public. Et donc, puisqu’elle participe de la diversité, d’être défendue par nous. Et l’inverse est tout aussi vrai : même sélectionné pour Cannes, même primé à Cannes, si l’on considère qu’un film n’est pas fait pour notre public, ou si l’on estime qu’il s’agit d’un mauvais film, alors, on ne le programmera pas ». Cannes défriche, Cannes sélectionne, Cannes met en lumière, Cannes facilite, Cannes incontournable… Mais le public reste maître, et les cinémas de proximité les meilleurs guides. 

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