Deux mois et demi, quatre expos à ne surtout pas manquer : de quoi s’occuper et assouvir notre curiosité durant cet été. Niko Rodamel

De l’art et du cochon boeuf
Peintre et graveuse née à Épinal à l’aube des années soixante, ancienne élève des Beaux-Arts de Saint-Etienne, Annick Claudé vit aujourd’hui à Marseille. Exposée en France comme à l’étranger, l’artiste décline depuis toujours les multiples représentations de son animal fétiche, la vache, dévoilant un imaginaire poétique étonnement dépouillé.
L’art animalier que nourrit la plasticienne est à la fois facétieux et exigeant : par-delà la cocasserie du sujet, on devine au premier regard une pratique rigoureuse de la peinture, du dessin et de la gravure. L’empreinte graphique de la bête à cornes est prétexte à une infinité de variations, convoquant les cultures savantes ou populaires qui résonnent encore aujourd’hui. La représentation de bovidés traverse en effet une longue histoire, où se rencontrent buffles rupestres du Tassili n’Ajjer, aurochs de Lascaux, statues égyptiennes d’Apis, jusqu’au Minotaure de Picasso. L’exposition « Ombres et soleil » donne à voir une vingtaine d’oeuvres, mettant en jeu diverses techniques qui toutes convergent vers une réjouissante spontanéité du trait.
Annick Claudé – Ombres et Soleil, du 13 au 29 juin, galerie Une image… à Saint-Etienne
Mentors
Passionnés de photographie, Carolina Luna et Jack Solle ont créé Préludes Photo, une plateforme dédiée à l’éducation à l’image qui vise à explorer les multiples facettes du huitième art. Installé à Nîmes, le couple propose des formations en ligne, des stages en France et des voyages à l’étranger, notamment au Maroc, en Turquie et à Cuba.
Partenaires de Jeito, repère photosensible stéphanois dédié à la pratique argentique, Carolina et Jack présente une exposition collective regroupant le travail des six photographes qui ont bénéficié du mentorat mis en place par Préludes Photo. Le processus d’accompagnement s’étire sur huit mois, passant par les phases de recherche, de production et d’édition, jusqu’à la diffusion d’un essai photographique personnel. Aux côtés d’Agnès Besson, David Blondiaux, Magali Daux-Labrosse, Marie Libessart et Diane Volle, nous avons flashé sur le travail de Pierre Boupi, une street photography esthétisante qui dévoile un univers à la fois chaud et trouble, quelque part entre le New York de Saul Leiter et les rues athéniennes de Marina Nota.
Agnès Besson, David Blondiaux, Pierre Boupi, Magali Daux-Labrosse, Marie Libessart, Diane Volle, du 7 juin au 5 juillet, Jeito à Saint-Etienne
Mise au point
Répondant à une commande de la Maison du Passementier sur le thème des pratiques sportives à Saint-Jean-Bonnefonds, le vidéaste et photographe stéphanois Anthony Faye décrochait l’an passé une résidence de création de quatre mois. Parcourant gymnases et stades pendant de longues semaines, se fondant dans le décor avant de shooter, Anthony saisissait sur le vif des pratiquants de tous âges, valides ou porteurs de handicap.

Sports collectifs, arts martiaux, gymnastique, course à pied, tir à l’arc, escrime médiévale, korbal, skateboard, marche nordique, curling ou encore canicross, une quinzaine de disciplines sont passées devant l’objectif. Influencé par sa découverte du travail de Dolorès Mara, Anthony a entrepris une quête du mouvement à travers le flou photographique, jusqu’à brouiller les pistes entre le figuratif et l’abstraction. En une trentaine de vues, Anthony Faye pose un regard personnel sur le sport, à contre-courant de l’imagier traditionnel. Pour sa première exposition solo, saluons le travail, le talent et la sensibilité d’un artiste à suivre.
Anthony Faye – Les formes fugitives (label « Terres de jeux 2024 »), jusqu’au 12 juillet, Atelier-Musée Maison du Passementier à Saint-Jean-Bonnefonds
Chapeau bas
Avec l’exposition Pierre Cardin & Paco Rabanne – couturiers de l’audace, l’Atelier-Musée du Chapeau rend hommage à deux immenses créateurs à travers une sélection d’étonnants articles de mode produits entre 1960 et 1990. Le visiteur appréciera l’imagination débordante des deux artistes au gré d’une quarantaine de chapeaux, coiffes et casquettes, que complètent dix tenues de haute couture ou prêt-à-porter, ainsi qu’une kyrielle d’accessoires, lunettes et bijoux sortis de l’usine Fléchet.
L’excentricité des formes et la mise en œuvre des matières font la preuve du génie des deux hommes, dont l’immensurable audace a largement contribué à la renommée internationale française dans le monde de la mode. Pierre Cardin et Paco Rabanne font partie de cette génération de créateurs innovants qui ont bousculé les normes de la haute couture parisienne, sensibles aux bouleversements sociaux que connaît la France des années 1960. Alors que la fin de l’âge d’or semble avoir sonné pour le chapeau, Cardin et Rabanne ressuscitent le couvre-chef en l’intégrant à un style follement avant-gardiste.
Pierre Cardin & Paco Rabanne – couturiers de l’audace, jusqu’au 3 novembre, Atelier-Musée du Chapeau à Chazelles-sur-Lyon